« Quand nous lisons les enseignements des êtres spirituels, nous constatons que certains d’entre eux aiment la vie et d’autres la mort. Chez ceux qui aiment la vie, nous trouvons une dévotion rigoureuse et sans réserve. Chez ceux qui aiment la mort, il n’y a que le désir de bien mourir et rien d’autre. »
Extrait des Œuvres complètes de Ram Chandra de Fatehgarh (Lalaji), volumes 3 & 4, page 167.
Lalaji nous invite à réfléchir à l’idée d’acceptation. Ce concept, abordé ici, opère à de nombreux niveaux philosophiques qu’il convient d’explorer. Ceux qui n’aiment que la vie vivent dans un paradis illusoire. Ceux qui aspirent à une bonne mort ne visent pas seulement cela, mais recherchent fondamentalement une vie meilleure dans l’au-delà. Lalaji nous met au défi d’accepter les deux comme elles se présentent. Cela ne doit pas être considéré comme un appel à rester le spectateur silencieux de l’une ou de l’autre.
Lalaji souligne ici que l’amour de la vie et l’amour de la mort ne sont pas des forces opposées, mais plutôt la prise en considération de deux aspects complémentaires d’une réalité unique.
Ce cadre de pensée part du principe que l’acceptation authentique n’est pas résignation passive, mais réconciliation active d’éléments en apparence contradictoires. Sur le plan philosophique, l’acceptation s’exprime ici comme une manifestation de l’amor fati : non pas simplement endurer ce qui existe, mais l’accueillir comme étant essentiel et important. Ce n’est pas la même chose que le détachement stoïcien ; c’est une acceptation engagée qui permet de participer pleinement à la vie tout en restant serein face à sa brièveté.
D’un point de vue métaphorique, la vie est comme le lever et le coucher du soleil : habituellement nous ne nous lamentons pas au moment du coucher de soleil, et ne nous accrochons pas désespérément à la lumière de l’aube. Nous les concevons comme deux étapes propres à un cycle continu. La démarche philosophique consiste à appliquer cette acceptation naturelle à l’existence elle-même. Comment pouvez-vous en même temps aimer la vie (qui suppose l’attachement) et la mort (qui suppose le détachement) ? La réponse est de les envisager d’une manière nouvelle :
L’amour de la vie se transforme en appréciation dénuée de compréhension.
L’amour de la mort devient prise de conscience sans nihilisme.
Cette déclaration paradoxale de Lalaji nous met au défi d’accueillir cette double acceptation, qui sert un objectif de transformation : elle rend « émotionnellement résilients » et « éthiquement clairs ». D’un point de vue philosophique, c’est logique : lorsque nous ne nous cramponnons pas désespérément à la vie et ne fuyons pas anxieusement la mort, nous pouvons agir en disposant d’une liberté et d’un discernement accrus.
Enfin, ce cadre de pensée part du principe que l’acceptation authentique, vécue dans la joie [c’est-à-dire avec amour], englobe la totalité de l’existence – son émergence comme sa dissolution.
Cette acceptation de l’ensemble du spectre de la vie ne divise pas les expériences en segments préférés et non préférés. C’est une acceptation totale qui, paradoxalement, vous rend plus engagés dans la vie que le contraire.
Kamlesh D. Patel