Le Yoga authentique de P.Y. Deshpande est l’un des ouvrages les plus purs et les plus inspirants jamais écrits sur les Yoga Sutras de Patanjali ; s’il en est ainsi, c’est qu’il a été écrit dans l’esprit original du yoga, c’est-à-dire que l’auteur consigne ce qu’il a découvert par la perception directe, qu’il appelle « vision pure ». Il ne s’est appuyé sur aucune explication des sutras par d’autres auteurs, mais seulement sur la sagesse qu’a fait jaillir en lui cette vision pure.
Dans sa Philosophie du Sahaj Marg, Shri Ram Chandra de Shahjahanpur, que beaucoup appellent Babuji, dit que cette vision pure est la marque de la véritable philosophie.
« La philosophie est un sujet qui ne se fonde pas sur la raison, mais sur l’intuition. Elle ne part pas du « doute » comme le soutiennent la plupart des philosophes occidentaux, mais de l’« émerveillement ». Les philosophes, surtout les philosophes occidentaux, se sont essayés à la philosophie avant de s’engager réellement dans une pratique vécue. Je n’affirmerais pas avec certitude qu’un philosophe ne peut pas être corrompu ou dégénéré́ du fait qu’il est un philosophe. Mais si ses recherches reposent sur une pratique vécue, toute possibilité de corruption est exclue.
« Les sages de l’Inde ont généralement abordé la philosophie en commençant par l’expérience pratique. Ils ont mis au jour, autant que le leur permettait leur niveau d’évolution, les secrets de ce qui existe. Ainsi sont nées les six écoles de philosophie avec leurs différentes colorations. Nous ne devrions essayer d’exprimer les choses qu’après avoir mené à son terme la pratique ou abhyas. Le philosophe doit retenir ce point essentiel s’il veut parvenir à l’exactitude. »
C’est précisément ce qu’a fait P.Y. Deshpande, d’où l’originalité et la créativité de ses découvertes, qui font écho au véritable esprit du yoga. Les sutras sont toujours présentés sous forme de graines, qui offrent aux pratiquants l’essence des concepts afin qu’ils puissent en faire l’expérience par eux-mêmes. Pour reprendre les mots de P.Y. : « Un sutra, disent les sages de l’Antiquité, est ce moyen de communication qui consiste à condenser une vérité de portée universelle dans le moins de mots possible, avec une clarté pure comme le cristal, que les ravages du temps ne peuvent pas ternir. »
Cette approche pratique visant à élucider les sutras par la méditation suppose une expérience et une perception directes, de sorte que la véritable signification des sutras se révèle grâce à une vision pure. Cela a des conséquences d’une grande portée, que P.Y. exprime en ces termes : « La voie de la conscience de Dieu exposée dans ces sutras transcende toutes les conceptions de Dieu répandues en Orient ou en Occident. »
Il n’existe ni croyance ni dogme dans l’approche yogique de l’existence. Le yoga est une science de premier ordre et il est plus authentique que la science moderne fondée sur la déduction, car il ne s’appuie pas sur des données sensorielles et dépasse les conditionnements du mental, et donc la subjectivité, pour nous emmener au-delà, dans le domaine de la perception à l’état pur. En fait, on pourrait dire que le yoga, pratiqué par un yogi d’envergure, est la seule science objective que l’humanité ait connue depuis l’Antiquité jusqu’à ce jour. En ce sens la psychologie yogique de Patanjali est, encore aujourd’hui, la seule authentique psychologie. Je suis convaincu du fait que la psychologie moderne restera incomplète tant qu’elle n’intégrera pas ces sutras.
Pour citer Margaret Noble, appelée également sœur Nivedita, qui était disciple de Swami Vivekananda, « l’Inde est incontestablement le terrain propice à la compréhension de la psychologie … l’étude de la psychologie y est organisée comme une science depuis les temps les plus anciens. Bien avant que l’on ne soupçonne la valeur de l’écriture (pour consigner les connaissances), l’enregistrement silencieux des phénomènes de la conscience collective avait commencé, avec l’échange d’idées et d’observations. Des millénaires avant que la portée des instruments et des laboratoires sur la recherche scientifique en général ne soit prise en compte, l’ère de l’expérimentation était pleinement développée chez les Indiens dans le domaine de la plus caractéristique de leurs sciences. »
Par cette approche des Yoga Sutras, P.Y. nous emmène au-delà des croyances de la religion et de la science moderne. La lecture de ce commentaire n’exige aucune connaissance préalable ; P.Y. nous montre que les sutras s’adressent à tous, indépendamment de toute croyance ou absence de croyance. Leur application est universelle, car ils ne sont associés à aucune culture ou philosophie. La vision pénétrante de P.Y. sur les concepts que le sage Patanjali tente de transmettre sous forme de graines nous fait ressentir, à la lecture de ses commentaires et de ses notes, l’intention originale des sutras.
L’évolution de certaines pratiques yogiques offerte par Heartfulness est unique pour faciliter les expériences décrites par P.Y. et pour compléter et enrichir ses recherches. Les pratiques Heartfulness sont apparues au début du 20e siècle grâce aux recherches originales de Babuji et de son Maître, Lalaji.
La première de ces pratiques s’appelle méditation avec pranahuti ou transmission yogique. La méditation est basée sur le cœur, et c’est la transmission qui la rend unique. Le mot pranahuti est composé de deux parties, prana et ahuti. Prana est la force vitale, l’essence de l’existence. Ahuti signifie offrande. Ainsi, pendant la transmission, la forme la plus subtile du prana est offerte au chercheur par un yogi de qualité qui est connecté à la Source infinie. Le yogi a la capacité de puiser dans la Source infinie et peut ainsi transmettre sans jamais l’épuiser. La Source est également l’essence de l’amour pur, de sorte qu’une autre définition de la transmission est celle-ci : une offrande d’amour pur que le cœur du yogi transmet au cœur du chercheur. Et pourtant, même ces descriptions sont encore trop lourdes, car la transmission émane de la Source infinie, la rien-té absolue où il n’existe même pas de vibration. C’est l’essence absolue de la rien-té. C’est indescriptible.
Bien qu’il soit impossible de décrire la transmission, son effet sur le système humain est exceptionnel. Elle est généralement donnée au chercheur par un yogi d’envergure dans le cadre d’une méditation Heartfulness, même si elle est disponible partout en permanence. L’analogie avec la lumière du soleil est évocatrice. Nous savons que la lumière du soleil nous entoure, réchauffant l’atmosphère et permettant à la vie de s’épanouir. Sans elle, la vie sur Terre telle que nous la connaissons n’existerait pas. Lorsque nous prenons une loupe et concentrons les rayons du soleil sur un objet particulier, nous réalisons la puissance de l’énergie solaire. Sous forme concentrée, l’intensité de la lumière du soleil est amplifiée. Ainsi, bien que la transmission soit disponible gratuitement partout en permanence, un yogi d’envergure peut se concentrer sur l’essence du prana le plus subtil et le transmettre depuis son cœur au cœur du chercheur, ce qui ouvre des possibilités infinies et facilite le processus de « vision pure » décrit par P.Y. dans son commentaire.
P.Y. écrit également au sujet de la nécessité d’éliminer les samskaras, les impressions des expériences passées qui conditionnent le mental. La transmission nous aide à nous libérer des chaînes de ces impressions que nous transportons d’une vie à l’autre. Il ne s’agit pas d’éliminer un élément physique. C’est plutôt comme les plis d’un vêtement qu’il faut repasser ; ce sont les plis des samskaras qui créent des ondulations dans le mental et la transmission les repasse en quelque sorte. On pourrait ajouter : « de façon magique ». Cela ne peut s’exprimer par des mots, et pourtant l’expérience montre que la transmission pénètre jusqu’aux racines même des samskaras et les élimine. Parfois, elle les laisse se dissoudre ou s’évaporer complètement, de manière à ramener à zéro les vibrations qui ont permis de fixer les impressions. L’élimination de cette accumulation de vrittis est précisément ce qui donne au chercheur une perception plus claire. C’est pour cette raison que la pratique de Heartfulness répond pleinement aux exigences du Sutra 1-2, Yogaścittavrttinirodha et nous apporte bien plus encore.
Lorsqu’un pratiquant de Heartfulness pense à la transmission, celle-ci commence à s’écouler. Il la reçoit instantanément, où qu’il soit, car la transmission ne dépend pas des lois physiques. Même la lumière ne peut pas voyager instantanément ! Si nous substituons la vitesse intemporelle à la vitesse de la lumière dans la formule E=mc2 d’Einstein, cela produit une énergie illimitée, dont la source est également illimitée. C’est cela la transmission.
L’autre principe scientifique qui nous aide à comprendre l’effet de la transmission est l’entropie. L’entropie est la mesure du désordre dans un système. Pour que le niveau d’entropie soit bas, l’intervention d’un élément stabilisateur est nécessaire pour empêcher que le système se désintègre. Si notre attention est tournée vers l’extérieur, notre système est instable et entropique, alors que si elle est attirée vers l’intérieur, vers notre centre, il se stabilise. La transmission attire naturellement notre attention vers l’intérieur, de sorte que notre système devient extrêmement stable, ce qui provoque la diminution progressive de l’entropie. Et quel est notre centre ? C’est « celui qui voit », selon les mots de P.Y., qui est distinct de « ce qui est vu », et ce que nous éprouvons en Samadhi, le huitième membre de l’Ashtanga Yoga. L’effet que produit sur nous la transmission est la détente et le calme du mental (sthit), l’équilibre émotionnel et le silence. Lorsque nous parvenons à l’état de chit le plus subtil, tous les problèmes sont résolus. En atteignant l’état de samadhi, on résout donc réellement le problème éternel de la vie. Nous réalisons que les réponses à toutes sortes de complexités ne se trouvent pas dans les livres, mais dans cet état pur de chit, le samadhi.
Dès qu’un pratiquant reçoit sa première transmission, son âme est nourrie et il y a de la fraîcheur dans sa vie, comme celle dont bénéficie un arbre après les premières pluies de mousson. Cette nourriture soutient l’expérience du yoga tout entière, comme la décrit P.Y. dans ce commentaire. Lorsque nous sommes incapables de réguler notre mental et de pénétrer les différentes couches de chit, la transmission agit alors comme une canne ou une béquille pour soutenir notre conscience, afin qu’elle puisse se tourner vers l’intérieur et s’étendre vers d’autres dimensions. Elle nous aide à transcender un niveau de chit pour passer au suivant, à nous élever vers la supraconscience et à plonger dans les profondeurs subconscientes du mental. C’est son rôle principal.
Nous recevons la transmission lors de la toute première séance de méditation Heartfulness avec un formateur, et une fois que nous percevons la différence entre méditer avec et sans transmission, nous reconnaissons le soutien que nous offre la transmission dans ce voyage du yoga.
Pour intensifier l’élimination des samskaras du mental, Lalaji et Babuji ont créé conjointement une deuxième pratique appelée cleaning (nettoyage), que l’on fait à la fin de la journée. Ils ont découvert que si la méditation seule est efficace, elle l’est encore plus avec le soutien de cette pratique complémentaire, qui accélère l’élimination des impressions passées à un rythme tel que cela a révolutionné le yoga. Le nettoyage purifie la conscience (chit) en éliminant les samskaras, permettant ainsi au chercheur de transcender les conditionnements du mental pour pénétrer dans le royaume de la perception pure de la Réalité, que P.Y. appelle la vision pure. En plus de la pratique quotidienne du nettoyage, le chercheur prend également des séances régulières de méditation avec un formateur certifié Heartfulness, qui effectue un nettoyage intensif, ce qui permet d’éliminer les impressions de plusieurs vies en une seule séance si le chercheur est prêt à les laisser partir.
La troisième pratique Heartfulness, la prière, nous aide à créer dans le cœur un vide semblable à nirodha, l’état de néant décrit dans les Yoga Sutras. Grâce à elle, nous nous connectons à la Source, au paravairagya des sutras, au-delà de l’existence temporelle et jusqu’aux états les plus subtils du samadhi. Comme le disent les sutras, abhyas et vairagya sont les moyens conduisant au yoga, et ces pratiques Heartfulness nous apportent les deux, naturellement et sans effort, car vairagya n’est pas une pratique mais un résultat des abhyas.
En outre, Babuji nous a donné les dix Maximes, dix directives universelles sur le mode de vie, qui répondent aux besoins des cinq premiers membres de l’Ashtanga Yoga de Patanjali – Yama, Niyama, Asana, Pranayama et Pratyahara – dans la vie quotidienne. Ces directives simples permettent de vivre naturellement les cinq premiers membres comme une manifestation extérieure des changements intérieurs apportés par les trois dernières pratiques de l’Ashtanga Yoga – Dharana, Dhyana et Samadhi. Dans son commentaire sur les dix Maximes, Babuji établit un lien entre le monde intérieur, que nous maîtrisons grâce au Sanyama, et sa manifestation extérieure par l’intermédiaire des pratiques externes de Yama, Niyama, Asana, Pranayama et Pratyahara.
Les pratiques Heartfulness offrent des possibilités nouvelles pour comprendre et expérimenter les principes énoncés dans les Yoga Sutras. De même que P.Y. Deshpande évoque l’existence d’un Yoga Darshana, nous pouvons également, grâce à la vision des Maîtres de Heartfulness, proposer un Yoga Darshana amélioré, basé sur ces pratiques révolutionnaires offertes à l’humanité au cours du 20e siècle et facilement accessibles aujourd’hui aux chercheurs du monde entier. Très peu d’entre nous ont cet esprit brillant, cette mentalité de chercheur et cette perception directe que nous admirons tant chez P.Y. Deshpande, Babuji et Patanjali. Mais avec le soutien des pratiques Heartfulness, que sont la méditation avec transmission, le nettoyage, la prière et les dix Maximes, beaucoup feront l’expérience des états décrits dans les Yoga Sutras de Patanjali, qui sont si magnifiquement expliqués par P.Y. Deshpande dans ce superbe commentaire.